(En date du 15 juillet 2006)

N.B.: Tous les articles ci-dessous sont disponibles via eureka.cc alors que certains sont aussi reproduits plus bas dans cette page.
•  Challenger, vingt ans plus tard : des répercussions énormes, 22 janvier 2006, p A15
Aéronautique : le Québec s'impose au Canada en tant que chef de file, 15 février 2006, p. D3
Génie aérospatial : vol direct sur le marché du travail, 15 février 2006, p. D2
Université McGill : Il faut utiliser toutes les ressources du réseau, 25 février 2006, p. G4
Cascades : nouveaux papiers, nouvelle industrie, 1er mars 2006, p. D5
À quand l'assurance santé privée ?, 11 mars 2006, p. G3
Planification financière : pour y voir clair, consultez-nous !, 15 mars 2006, p. D4
Planification financière : à qui faire confiance ?, 15 mars 2006, p. D3
Recherche universitaire à McGill: regards sur la rue, 5 mars 2006, p. H4
Facultée de génie de l’Universités Concordia : du génie sur 17 étages !, 25 mars 2006, p. H3
Tourisme : “Les gens n'arrêtent pas de voyager...”, 1er avril 2006, p. G2
Quelle place accorder au religieux dans notre société laïque ?, 15 avril 2006, p. G2
Assurances : Il faudrait mettre fin à l'exception canadienne, 26 avril 2006, p. B2
Arts et affaires : À qui la responsabilité du financement ?, 29 avril 2006, p. H10
CSQ : Agir contre le gouvernement Charest, 29 avril 2006, p. G7
OACI : Une réussite planétaire,  6 mai 2006, p. G5
L'aventure américaine du Dr Fournier, 13 mai 2006, p. J1
Québec et les médecins spécialistes : un écart sur l'évaluation des écarts !, 13 mai 2006, p. J2
Recherche en santé : l'“intelligence” des protéines mise à profit, 13 mai 2006, p. J6
McGill : une université intégrée à son milieu, 13 mai 2006, p. G5
Formation à distance : Une grande alliance pancanadienne prendra forme à Montréal, 20 mai 2006, p. H4
L’Université d’Athabasca :Une université « virtuelle » connaît une croissance exceptionnelle, 20 mai 2006, p. h
Société : L'immigration transforme les villes, 26 mai 2006, p. D4
Université York : Une UQAM à la torontoise, 26 mai 2006, p. D3
Une école en réseau pour contrer le déclin démographique, 31 mai 2006, p. B3
Un ingénieux système de filtration, 10 juin 2006, p. G3
Des papetières sans odeur, 10 juin 2006, p. G3
Droits des homosexuels : l'exemple québécois, un phare pour la communauté gaie mondiale, 15 juillet 2006, p. F3
Évolution des droits des homosexuels: 35 ans et quatre étapes, 15 juillet 2006, p. F4
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, 15 février 2006, p. D3

Aéronautique : le Québec s'impose 
au Canada en tant que chef de file

par Claude Lafleur

        L'industrie aéronautique québécoise occupe le sixième rang mondial alors qu'au Canada, il s'agit du quatrième secteur en importance en matière d'investissements en recherche et développement. Outre les départements de R-D des entreprises, le Québec possède plusieurs centres de recherche publics, dont les six écoles et départements de génie de nos universités.
         Dans la plupart des cas, informe Aouni Lakis, professeur au département de génie mécanique de l'École polytechnique de Montréal, la recherche-développement qu'on y réalise est menée en étroite liaison avec les entreprises.
        «Par exemple, dit-il, dans mon groupe, nous réalisons deux projets, dont l'un avec Pratt & Whitney, Bombardier Aéronautique et l'École de technologie supérieure. On cherche les moyens de déterminer à l'avance quand une pièce de moteur d'avion finira par flancher...» Il souligne que, dans la plupart des cas, la R-D universitaire tente de répondre directement aux préoccupations de l'industrie aéronautique.

De la recherche à l'ère du numérique
        Les universitaires réalisent également des études fondamentales, telles celles menées à l'Université de Sherbrooke en aérodynamisme. «Nous disposons ici d'une soufflerie assez vaste pour simuler les écoulements d'air autour d'un avion ou d'une aile», indique Yves Mercadier, représentant du génie aérospatial à l'Université de Sherbrooke.
        Il confirme de la sorte que, même si le vol des premiers avions remonte à 100 ans, il nous reste encore beaucoup à apprendre en cette matière. «Eh oui, dit-il, il y a encore de la recherche fondamentale à réaliser parce qu'il y a 40 ans à peine, on n'était pas capable d'effectuer des calculs avancés. Bien sûr, on menait des expériences, mais celles-ci n'avaient rien de comparable avec ce qu'on peut faire aujourd'hui.»
        Par exemple, l'utilisation des rayons laser permet de prendre des mesures en soufflerie sans perturber l'écoulement de l'air. «Auparavant, lorsqu'on mesurait la vitesse de l'air, il fallait introduire un appareil de mesure, ce qui troublait l'écoulement, observe le professeur Mercadier. On ne mesurait donc pas exactement ce qui se passe dans la réalité. Mais voilà que, grâce aux lasers et à d'autres techniques, on recueille des mesures sans jamais provoquer la moindre perturbation.»
        De surcroît, depuis les années 1980, les aérodynamiciens bénéficient de puissants outils de travail, dont des ordinateurs ultra rapides et des logiciels hyper performants. «Je dirais que tout a "explosé" au cours des 15 dernières années, lance Yves Mercadier. Maintenant, on travaille même en "soufflerie numérique", c'est-à-dire qu'on simule sur ordinateur les écoulements aérodynamiques... Plus besoin donc de soufflerie! Tout se fait numériquement aujourd'hui, alors que rien de cela n'existait en 1980.»
CRIAQ: le modèle québécois de la R-D canadienne ?
        Les besoins en recherche-développement aéronautique ne font que croître car, à cause de la mondialisation, nos firmes se doivent non seulement de demeurer à la fine pointe, mais également d'innover. À cette fin, les entrepreneurs et les universitaires ont créé, il y a trois ans, un organisme visant à favoriser spécifiquement la R-D en aéronautique. Il s'agit du Consortium de recherche et d'innovation en aérospatiale au Québec, le CRIAQ.
        «Le CRIAQ donne un bon coup de pouce à tous les partenaires de l'aéronautique québécoise, estime d'ailleurs Claude Bédard, doyen à la recherche et au transfert technologique de l'École de technologie supérieure. C'est un forum où les industriels font part de leurs besoins et où les universitaires présentent leur expertise.»
        Par l'entremise du consortium, des équipes se sont constituées pour aborder des thèmes de recherche spécifiques. «Nos entreprises définissent un problème précis auquel elles sont confrontées, indique M. Bédard. Par exemple, elles ont besoin de connaître en détail un phénomène particulier ou elles cherchent des moyens leur permettant d'économiser du temps, de l'argent ou du poids. Elles font alors appel à notre expertise universitaire et c'est ainsi que des équipes spécialisées entreprises-universités se constituent...» Il s'agit donc de tirer avantage de la recherche universitaire afin d'en amener les résultats au plus près des besoins du marché, note encore Claude Bédard.
Association de partenaires
        Autre particularité: les projets menés sous l'égide du CRIAQ sont de niveau préconcurrentiel et ne constituent pas de la R-D industrielle (laquelle est entourée de «secrets industriels» et de brevets). «La recherche préconcurrentielle intéresse plus d'une entreprise, souligne le doyen à la recherche et au transfert technologique de l'ETS, de sorte que, lorsqu'un projet arrive à terme, tous les membres du consortium peuvent s'approprier ses résultats.»
        Selon lui, la venue du CRIAQ fait considérablement croître le volume de R-D aéronautique à l'université. «Cela signifie qu'à l'ETS, nous avons davantage de professeurs qui font de la recherche, nous disposons de davantage de fonds de recherche, nous recrutons plus d'étudiants diplômés, etc. Et forts des expériences que nous acquerrons ainsi, nous pouvons entreprendre des projets plus ambitieux. On peut même penser à s'associer à des partenaires qui, auparavant, n'auraient pas été intéressés à faire affaire avec nous. Voilà qui crée une synergie et fait en sorte que, par conséquent, il se fait de plus en plus de recherche et de développement de pointe au Québec!»
        M. Bédard fait même valoir que le modèle du CRIAQ pourrait avantageusement s'insérer dans la politique sur l'aéronautique que le gouvernement du Canada est en train d'élaborer. «Je pense que nous sommes parvenus à faire réaliser à nos collègues du fédéral qu'en matière de R-D, ils devraient s'appuyer sur l'expérience du CRIAQ, dit-il. Puisque le consortium offre un modèle qui fonctionne depuis trois ans et qui a fait ses preuves, pourquoi réinventer la roue? Autrement dit, étant donné qu'au Québec, nous avons trouvé une recette qui fonctionne, appliquons-la donc à l'échelle du Canada!»
        Toutefois, le projet d'un CRIAQ pancanadien se trouve pour l'instant en veilleuse étant donné le changement de gouvernement à Ottawa. Néanmoins, insiste Claude Bédard, pour l'essor de l'industrie aéronautique canadienne, il importe que ce modèle de partenariat industrie-université soit implanté dans tout le Canada.
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, 25 février 2006, p. G4

La recherche universitaire 
à l'Université McGill

par Claude Lafleur

        Sans tambour ni trompettes, nos universités se taillent une place de choix dans le monde de la recherche sur le plan international, rapporte François Carrier, directeur du Bureau de la recherche internationale de l'université McGill.
        «Selon le récent rapport du Conseil supérieur de l'éducation sur l'internationalisation des universités québécoises, informe François Carrier de l'université McGill, celles-ci constituent un pôle de connaissance qui fait qu'on est capable de figurer parmi les meilleurs au monde. Je dirais même que, comparativement à ce qui se fait ailleurs au Canada, nos universités se trouvent avantageusement positionnées sur la scène internationale.»
        M. Carrier sait de quoi il parle puisque son université, dont l'excellence scientifique dépasse nos frontières depuis plus d'un siècle, est l'une de celles qui réalisent le plus de projets à l'international. «La mission de toute université comporte trois volets, relate-t-il, à savoir: la recherche, la formation et le service à la communauté. C'est ainsi que nos professeurs-chercheurs mènent actuellement une centaine de projets un peu partout à travers le monde.»

Caraïbes et Palestine
        Certains de ces projets portent sur l'éducation, tel celui qui consiste à former les cadres supérieurs du ministère de l'Éducation de Trinité-et-Tobago afin de leur permettre de réformer leur système scolaire. D'autres projets touchent le service à la communauté, dont celui qui cherche à créer des réseaux sociaux entre Israéliens, Palestiniens et Jordaniens. Enfin, d'autres projets servent au développement de la connaissance, notamment en Chine, où les chercheurs de McGill étudient la culture à grande échelle du coton transgénique, ou encore au Bangladesh, où ils recensent l'alimentation traditionnelle dans différentes communautés.
        François Carrier dirige le bureau qui coordonne cette kyrielle de projets. «Mon service est là pour faciliter ces activités, dit-il, en aidant les chercheurs à planifier et à mettre sur pied leurs projets, en tissant des liens avec des partenaires étrangers, en négociant les questions de droit et de propriété intellectuelle, etc.»
Retombées de toutes sortes
        Il rappelle que l'université McGill a une longue tradition de recherche au niveau international, considérant  que cela a toujours été une priorité. «Depuis 50 ans, nous réalisons quantité de projets "à l'international", hors du Royaume-Uni et du Commonwealth, dit-il. Nous sommes présents aux États-Unis, dans la francophonie, en Europe, en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Voilà pourquoi nous possédons, je pense, une bonne longueur d'avance sur les autres universités du Canada et d'Amérique du Nord.»
        Pour l'heure, son bureau pilote 96 projets de recherche au niveau international, dont le financement atteint 64 millions de dollars. «Et nous en avons une autre cinquantaine en développement», ajoute-t-il.
         Ces projets ont toutes sortes de retombées, parfois même inattendues. Par exemple, il y a quelques années, une équipe de professeurs en travail social ont concocté un programme de prévention de la délinquance. Il s'agissait d'initier des jeunes, en danger de délinquance, au milieu de la culture en leur faisant rencontrer des artistes et des promoteurs des arts. «Ce projet a remporté un vif succès à l'échelle du Canada, raconte M. Carrier, à tel point qu'un sénateur républicain de Floride en a eu vent. Il a même décidé de l'appliquer dans la région de Tampa Bay. Aujourd'hui, nos professeurs travaillent avec les services sociaux de la région pour adapter leur modèle de prévention.»
        Un autre projet fort original a été mis en oeuvre dans la foulée des accords de paix entre Israéliens et Palestiniens, signés à Oslo en 1993. «Dans le cadre d'un programme de dialogue pour la paix, nous invitons des étudiants israéliens, palestiniens et jordaniens à venir étudier en sciences sociales ici à McGill, relate François Carrier. En travaillant ensemble, ils développent une appréciation mutuelle en constatant que, tout compte fait, ils vivent la même situation. De retour dans leurs pays, nous espérons qu'ils continueront de collaborer ensemble.»
        En outre, ce genre de projet a beaucoup d'impact sur l'enseignement donné à l'université, souligne le directeur du Bureau de la recherche internationale. Non seulement les professeurs et les étudiants qui participent à ces projets développent leurs connaissances et leurs compétences, mais leur travail à McGill est transformé par ce qu'ils ont vécu.
Nouvelle tendance
        Pour cette raison, ce type de projet est appelé à croître, estime M. Carrier; d'ailleurs, l'université a récemment modifié sa structure administrative pour créer le poste de vice-principal à la recherche et aux relations internationales. «Le poste de v.-p. à la recherche a toujours existé, dit-il, mais depuis la mi-novembre, la fonction internationale est reconnue aux plus hautes instances administratives - tant dans le titre que dans le mandat. Et ça, c'est très important!»
        Autre nouveauté: des partenariats de plus en plus étroits se tissent entre les universités québécoises. Ainsi, plusieurs des projets internationaux de l'université McGill sont réalisés de concert avec l'Université de Montréal, l'université Laval, etc.
        «Par exemple, dans le cadre du projet de formation des cadres à Trinité-et-Tobago, les facultés de l'Éducation de l'Université de Montréal et de McGill ont créé un consortium et établi ainsi une collaboration exemplaire, rapporte François Carrier. J'en suis particulièrement heureux, dit-il, car je suis un apôtre de la collaboration interuniversitaire. Comme j'aime à le dire à mes collègues de l'UdeM, on a plus en commun au niveau international, et on doit donc être davantage des collaborateurs que des compétiteurs puisque, sur la scène internationale, la compétition vient des États-Unis, de l'Europe, etc.»
          D'ailleurs, constate-t-il, les universités québécoises ont bien souvent des compétences complémentaires «qui font que l'on peut mettre de l'avant des équipes du tonnerre! Le projet de Trinité-et-Tobago en est une preuve formidable et j'espère qu'il en inspirera de nombreux autres. Je souhaite que ce soit là une nouvelle tendance. Il y a en place les éléments qui favorisent ce rayonnement-là et c'est à nous de faire en sorte que notre présence sur la scène internationale soit de plus en plus importante».
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, 11 mars 2006, p. G3

À quand l'assurance santé privée ?

Par Claude Lafleur,

        Le 16 février, le premier ministre Jean Charest et le ministre de la Santé Philippe Couillard ont annoncé que personne désormais n'attendrait plus de neuf mois pour subir une chirurgie de la cataracte ou un remplacement du genou ou de la hanche (actuellement, certains attendent jusqu'à deux ans). Par le fait même, ils entrouvraient une porte à l'assurance privée. «Nous mettons le secteur privé au service du secteur public, d'affirmer M. Charest. Ce ne sera pas le privé pour le privé, mais un outil au service de la solidarité, un partenaire et un allié du régime public.»
        Nous aurions donc éventuellement le droit de souscrire à une police d'assurance qui défrayera, le cas échéant, les coûts de trois interventions, soit pour une chirurgie de la cataracte, ou pour un remplacement du genou ou de la hanche. Nous devrions alors êtres traités dans une clinique privée par un médecin qui ne travaillera plus sous le régime de l'assurance maladie du Québec. Ses honoraires seraient payés par nous ou par l'assurance que nous aurons contractée.
        Toutefois, nous n'en sommes pas encore là, indique Yves Millette, vice-président principal aux affaires québécoises pour l'Association canadienne des compagnies d'assurance de personnes. «Le gouvernement semble avoir annoncé une garantie de services pour certaines procédures, dit-il. Mais c'est seulement lorsque cette garantie existera que les assureurs privés pourront offrir des services.»

Vers un grand débat de société ?
        Les assureurs sont néanmoins très satisfaits de voir que le gouvernement engage une discussion sur la place du privé dans le secteur des soins hospitaliers. Dans un communiqué émis peu après l'annonce du 16 février, leur association «félicite le gouvernement du Québec d'amorcer un dialogue public constructif et opportun en vue d'assurer la viabilité du système de santé au Québec».
        «Actuellement, commente Yves Millette, nous sommes en train de regarder la portée exacte de cette annonce. Entre autres, on examine quels effets pourrait avoir cette ouverture sur les produits d'assurance collective que nous offrons déjà.»
        Son association souligne d'ailleurs qu'en 2004, 2,8 milliards de dollars ont été versés par ses membres pour défrayer les coûts de soins non couverts par la RAMQ, «dont 190 millions aux hôpitaux et 220 millions en services comme des soins de longue durée». Outre les régimes d'assurance collective bien connus, l'industrie offre depuis quelques années des assurances contre les maladies graves et pour procurer des soins de longue durée. «Au cours des cinq dernières années, le taux de croissance annuel moyen des régimes d'assurance maladie privés a été de 12 %», indique-t-on.
        «Nous versons environ trois milliards de dollars par année en prestations à des assurés québécois, renchérit M. Millette. Nous essayons donc de voir quel sera l'impact des annonces [du 16 février] sur nos produits. Vont-elles apporter des changements ou pourra-t-on modifier nos produits d'assurance? On se demande aussi s'il est possible de mettre en marché de nouveaux produits afin de couvrir les garanties spécifiques qui ont été proposées. Mais en tout premier lieu, nous attendons de voir ce qu'il y aura dans le projet de loi que le gouvernement déposera sous peu... Bien concrètement, ce projet de loi fera foi des ouvertures dont parle le gouvernement.»
Une américanisation du système de santé ?
        Il y a toutefois loin de la coupe aux lèvres, de sorte que les personnes qui pourraient avoir besoin, d'ici une année ou deux, d'une chirurgie de la cataracte, du genou ou de la hanche devront patienter encore.
        En effet, le ministre Couillard a annoncé qu'il ne fera pas adopter «à toute vapeur» la loi nécessaire à l'établissement des garanties de service. Par la suite, il faudra compter six mois pour mettre en oeuvre les mécanismes qui limiteront les attentes, de sorte que le processus ne sera pas en branle avant 2007.
        Yves Millette confirme en outre: «Je ne pense pas que l'on sera prêt, en tant qu'assureur, à émettre de nouveaux produits avant d'avoir pris connaissance du contenu du projet de loi... C'est clair que l'annonce ouvre un nouveau marché, mais s'agira-t-il d'un marché qui en vaut la peine, d'un marché suffisamment vaste pour offrir réellement de nouvelles possibilités? Ça, ça reste à voir!»
        Pour les assureurs, ce nouveau marché reposera sur trois éléments qui doivent se mettre en place parallèlement: l'ouverture de cliniques privées, l'existence de clients et l'intérêt des groupes d'assurés. «Premièrement, explique M. Millette, pour que nous puissions offrir de nouveaux produits, il faut que des médecins se désengagent de la RAMQ et qu'ils ouvrent des cliniques privées. Deuxièmement, il faut que des consommateurs soient intéressés à se procurer le genre de produits que nous offrirons. Et troisièmement, étant donné que la plupart de nos produits sont offerts sur une base collective, il faut que des employeurs et des regroupements de travailleurs désirent ajouter cette couverture à leur assurance collective. C'est ce qu'on regardera au cours des prochains mois afin de déterminer s'il y aura ou non un marché.»
        C'est un peu la situation de l'oeuf et de la poule: des services médicaux privés doivent naître pour que l'assurance destinée à les couvrir soit offerte. Mais celle-ci ne sera disponible que si la demande existe, ce qui, à son tour, conditionnera l'ouverture de cliniques privées.
        Par contre, Yves Millette ne craint pas que cette ouverture au privé ne transforme «à l'américaine» notre système de soins de santé. «À mon avis, ce n'est pas un risque puisque le système canadien est l'inverse de ce qui se pratique aux États-Unis. Là-bas, les assureurs privés sont la base du système tandis qu'ici, nous sommes complémentaires au régime public, qui constitue la base du système. En outre, n'oublions pas que les Américains sont pratiquement les seuls à pratiquer leur façon de faire, puisque tous les régimes, un peu partout en Occident, reposent sur des bases étatiques.»
        Pour lui, il ne fait aucun doute que, si jamais on devait un jour chercher à privatiser nos soins de santé, c'est davantage du côté de l'Europe qu'il faudra regarder. Pour l'instant, souligne-t-il, il n'existe aucune volonté de la part des Canadiens ni des gouvernements pour altérer les bases mêmes du financement des soins de santé.
        «Depuis que les régimes de santé existent, conclut-il, les assureurs canadiens considèrent offrir des services complémentaires à ce qui est proposé par le régime public. Et je ne vois personne - nous y compris - qui désire changer les choses.»
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, 15 avril 2006, p. G2

Quelle place accorder au religieux 
dans notre société laïque ?





Par Claude Lafleur

        Les récentes décisions concernant le port du kirpan à l'école et l'aménagement d'un espace de prière à l'École de technologie supérieure soulèvent maintes craintes et interrogations. Doit-on - ou peut-on - tout permettre? Si non, quelles limites poser et comment les appliquer? Doit-on laisser les tribunaux se prononcer «à la pièce», comme cela se fait actuellement, ou plutôt recourir à une loi qui établirait les pratiques religieuses acceptables en public?
        La place que pourrait occuper le religieux dans notre société laïque est un problème difficile à résoudre. Par exemple, pour Jean-Louis Roy, président de Droits et Démocratie, on ne peut bannir toute pratique religieuse en public, ne serait-ce qu'à cause des chartes québécoise, canadienne et onusienne des droits de la personne.
        Qu'on le veuille ou non, nous vivons dans un monde de plus en plus complexe où il y a une multiplicité des pratiques religieuses, relate Ariane Brunet, également de Droits et Démocratie. On devrait même éviter de réglementer la pratique religieuse, selon Jean-René Milot, professeur associé au département de science des religions à l'UQAM, puisqu'on risque alors de créer des problèmes qui n'existent pas actuellement.

Que faire?
        Nous assistons à un véritable choc de civilisations, estime Jean-Louis Roy. «Pendant longtemps, dit-il, nous avons vécu entre nous - entre chrétiens (catholiques, protestants, etc.) - et nous avons établi une séparation entre le privé et le public, entre le laïc et le religieux. Toutefois, ces dernières décennies, des immigrants provenant notamment de pays islamiques se sont installés chez nous. Or, ces nouveaux arrivants ne sont pas habitués à appliquer de telles distinctions car, pour eux, la pratique religieuse fait partie de la vie publique. Ils s'installent donc ici, dans une société qui n'a rien à voir avec leur expérience.»
        De notre côté, poursuit M. Roy, nous devons nous faire à l'idée que notre mode de fonctionnement social est peu répandu à l'échelle de la planète. «Notre façon de vivre s'applique essentiellement à l'Europe de l'Ouest, à l'Amérique du Nord, au Japon, à la Nouvelle-Zélande, à l'Australie, etc. Mais, ailleurs dans le monde, là où vivent plus de cinq milliards de personnes, le religieux occupe une place et une visibilité considérables.»
        «Par ailleurs, enchaîne Ariane Brunet, nous vivons à une époque où il y a une montée des fondamentalismes et il ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable. Il faut donc que nous parvenions à vivre ensemble dans une atmosphère qui incite au respect et à la dignité des uns envers les autres. Et il me semble que la laïcité est l'une des solutions à appliquer.»
        Selon elle, nous pourrions d'ailleurs imposer la primauté de la laïcité sur la pratique religieuse en public. «En faisant cela, dit-elle, on n'inventerait rien puisque c'est ce que l'on a décidé de faire en décrétant, dans notre Constitution, la séparation de l'Église et de l'État. Mais c'est loin d'être une solution facile à appliquer!»
        Autant M. Roy que Mme Brunet notent que la situation que nous vivons ne diffère pas de ce qui se passe ailleurs en Occident. «Je ne crois pas qu'on soit en train de vivre quelque chose de différent de ce qui se passe en Angleterre, en France, en Espagne, en Suède ou au Danemark, indique Mme Brunet. Nous sommes tous en train de vivre une "complexification" de nos mondes.»
Un optimisme prudent
        Pour Jean-René Milot, qui suit de près la situation depuis des décennies, il y a heureusement des raisons d'être optimiste. «J'observe une ouverture vers le dialogue, dit-il, et ce, particulièrement au cours des derniers mois. Si l'on prend le cas des caricatures de Mahomet, la réaction de la communauté musulmane de Montréal a été très différente de ce qu'elle a été ailleurs dans le monde.»
        En effet, rappelle-t-il, si bon nombre d'organismes musulmans d'ici ont affirmé qu'une telle publication peut être offensante pour les croyants, elles ont en même temps considéré que cela fait partie de la liberté d'expression. En conséquence, au lieu de manifester bruyamment dans nos rues, les grandes organisations musulmanes montréalaises ont ouvert les portes de leurs mosquées afin de diffuser leur point de vue.
        «Voilà qui nous donne des raisons d'espérer, estime M. Milot. J'observe ainsi qu'au cours des deux ou trois derniers mois, il y a eu quantité de rencontres où l'on a vu des musulmans et d'autres citoyens discuter ensemble. J'observe que, de plus en plus, tout le monde est intéressé à se parler.»
De l'accommodement raisonnable au débat public
        Le professeur Milot prêche beaucoup en faveur de l'accommodement raisonnable, tel que l'a récemment demandé la Commission des droits de la personne à l'ETS. À ses yeux, le mérite de cette approche est qu'elle n'équivaut pas à une loi qui s'impose à tous, mais réclame une exception à une règle générale. «Le fait qu'untel soit autorisé à porter le kirpan à l'école [moyennant certaines restrictions] ne veut pas dire que tous les sikhs peuvent en faire autant n'importe où, n'importe quand, dit-il. L'accommodement raisonnable ne crée pas une loi qui tenterait de régler à l'avance tous les problèmes ou tous les cas possibles.»
        Par contre, cette approche nécessite une réciprocité, c'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'un groupe ait l'impression de faire toutes les concessions alors que l'autre en ferait peu ou pas du tout. «Or, je pense qu'il y a un problème de perception, observe M. Milot, puisque la majorité est généralement consciente de ce qu'elle concède, mais ne l'est pas nécessairement à propos de ce que les autres ont à concéder.»
         Si cette approche est fort utile - «puisqu'elle nous a jusqu'ici permis d'éviter le pire» -, M. Milot admet sans peine qu'on ne pourrait pas continuer ainsi indéfiniment. «D'ailleurs, en communiquant sa décision [concernant l'ETS], le président de la Commission des droits de la personne a lancé un appel pour qu'on amorce un débat public sur ces questions», indique Jean-René Milot.
        Or, à son avis, le président de la Commission ne s'adresse pas au législateur en lui demandant de légiférer, mais plutôt à notre capacité de vivre avec la différence. «Un débat public, lancé par plusieurs organismes, viendrait selon moi confirmer ce qu'on a commencé à observer ces derniers mois», conclut-il.
        Pour sa part, Ariane Brunet considère qu'il faut poser des questions à ceux qui préconisent certaines pratiques religieuses. «Toute religion qui est discriminatoire se doit d'être remise en question, tranche-t-elle. Après tout, c'est l'un des principes fondamentaux de la Déclaration universelle des droits de l'homme.»
        Quant à Jean-Louis Roy, il considère que, compte tenu de nos traditions, on se doit de maintenir la séparation du religieux et du laïc. «L'espace public commun - les lieux qui appartiennent à la collectivité - ne peut pas être religieux, dit-il. Il doit par contre permettre à toutes les croyances de se manifester.»
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[, 29 avril 2006, p. h10

À qui la responsabilité 
du financement des Arts ?






Par Claude Lafleur

        Pas de doute, Montréal aspire à devenir une véritable capitale culturelle. Déjà, grâce à son bassin de créateurs et d'artistes dont plusieurs sont reconnus mondialement, la ville en a le potentiel. Toutefois, ce qu'il manque souvent cruellement, ce sont les ressources financières nécessaires.
        Certains préconiseront un plus grand apport de l'entreprise privée dans le financement des arts, comme cela se fait ailleurs au Canada et aux États-Unis. C'est, entre autres, la position de la Chambre de commerce, qui milite activement pour rapprocher le monde des affaires et celui des arts. Par contre, d'autres, comme le professeur Laurent Lapierre des HEC Montréal, considèrent que le financement des arts et de la culture relève essentiellement de l'État. M. Lapierre craint même qu'un financement privé d'importance mène au désengagement de l'État.

De bonnes affaires grâce à la culture
        Pour la présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon, les arts et la culture sont un volet essentiel à la vie dans une grande ville. «Les arts sont importants pour nous, gens d'affaires, puisque, si nous voulons réaliser nos ambitions, il nous faut attirer les talents nécessaires, explique-t-elle. Or, on sait que ceux-ci sont attirés par la qualité de vie du milieu, ce qui implique nécessairement une vitalité culturelle. Montréal est d'ailleurs reconnue pour sa qualité de vie en raison justement de la place prépondérante qu'occupe la culture.»
        Par conséquent, la CCMM cherche à sensibiliser ses membres au fait que, s'ils veulent continuer de prospérer, ils doivent non seulement développer leurs services et produits, mais également attirer et conserver la main-d'oeuvre qualifiée dont ils ont besoin. «Nous considérons donc la culture comme un vecteur de développement des affaires», insiste-t-elle.
        L'an dernier, son organisme a réalisé une enquête pour vérifier si le milieu des affaires était suffisamment disposé à soutenir la culture montréalaise. «Deux raisons justifiaient notre enquête, précise Isabelle Hudon. Premièrement, nous voulions obtenir les données précises nous permettant de voir où l'on se situe. Deuxièmement, nous voulions faire valoir l'importance d'une participation accrue du privé dans le financement de la culture. Nous visons en fait à sensibiliser autant le milieu des affaires que celui de la culture à ce qu'est la réalité.»
        La Chambre de commerce a donc réalisé des entrevues de fond auprès de 50 cadres responsables des dons corporatifs et des commandites. Elle a ensuite invité 12 000 entreprises à répondre à un sondage électronique. «Notre analyse nous a permis de conclure que seulement 13 % du financement de la culture montréalaise est assuré par le privé, relate Mme Hudon. C'est beaucoup moins que la moyenne canadienne, qui s'élève à 21 %.»
        «Nous avons aussi constaté que, s'il est vrai que l'entreprise privée n'est pas autant au rendez-vous qu'ailleurs au Canada, il est aussi vrai que les organisations culturelles doivent modifier leur façon de solliciter les entreprises pour obtenir de l'aide financière.» Selon la Chambre, on ne peut simplement cogner à la porte d'une entreprise et dire: «Je suis la culture et c'est important pour Montréal... Pouvez-vous me donner de l'argent?»
        «Non!, lance Isabelle Hudon, le milieu artistique doit comprendre que toute entreprise existe avant tout pour créer de la valeur. Il faut donc lui faire valoir comment son investissement dans une organisation culturelle l'aidera à atteindre ses objectifs.» Ainsi, précise-t-elle, lorsqu'une entreprise commandite un événement, c'est généralement pour rejoindre sa clientèle. «Assurez-vous donc d'avoir quelque chose à offrir en retour d'une contribution financière.»
Le privé responsable de notre culture ?
        «C'est bien beau tout cela, mais on ne doit pas laisser l'entreprise privée assurer notre culture», répond en substance Laurent Lapierre, titulaire de la Chaire de leadership Pierre-Péladeau aux HEC Montréal (autrefois l'École des hautes études commerciales de l'Université de Montréal).
        «Pourquoi? Tout simplement parce que ce n'est pas comme cela qu'on doit établir notre politique culturelle. À mon avis, le financement des arts doit demeurer l'affaire de l'État, alors que la proportion assurée par le privé devrait demeurer marginale. Autrement, c'est comme si vous permettiez à Alcan d'établir la politique culturelle en choisissant de subventionner telle compagnie artistique plutôt que telle autre.»
         Notons que Laurent Lapierre possède une formidable connaissance du monde des affaires et des arts. Fondateur du Théâtre du Trident, à Québec, dans les années 1970, il détient trois baccalauréats (arts, pédagogie et histoire), un M.B.A. et un doctorat en gestion. Son enseignement aux HEC Montréal porte sur la direction, le «leadership» et la gestion des entreprises artistiques et des industries culturelles.
        Il considère que les arts sont aussi importants que la santé et l'éducation - deux domaines largement financés par nos gouvernements. «Ce qui fait l'identité du Québec ou du Canada, ce sont davantage nos artistes que notre système de santé ou d'éducation, lance-t-il. Un Robert Lepage, un Denis Marleau, un André Hamelin, ou encore le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée de la civilisation de Québec, le Cirque du Soleil, etc., voilà ce qui fait notre identité. Autrement dit, si le Québec est reconnu aujourd'hui sur la scène internationale, c'est grâce à notre culture.»
        Par conséquent, M. Lapierre considère injuste qu'on ne finance pas aussi bien les artistes que les professionnels de la médecine et de l'éducation. «On n'a aucune réticence à subventionner les étudiants des HEC qui vont ensuite très bien gagner leur vie, alors qu'on se refuse à aider une danseuse de ballet...»
        Il estime en outre que, contrairement à ce qui se passe dans les autres grandes villes nord-américaines, Montréal ne possède pas le bassin d'entreprises qui permettrait de financer adéquatement nos compagnies artistiques. «Je ne dis pas que les entreprises privées ne doivent pas contribuer au financement de la culture, mais cela ne pourra jamais être suffisant. Le rôle primordial doit demeurer celui de l'État.»
        «Remarquez aussi que, si on nous dit qu'aux États-Unis les compagnies artistiques ne reçoivent pas de subventions de l'État, on ne nous dit pas que la Comédie-Française reçoit davantage de subventions de l'État que tous les théâtres canadiens réunis!»
        En fin de compte, Laurent Lapierre craint que le financement des arts par le privé, s'il devenait important, risque d'encourager nos gouvernements à se désengager... «comme cela s'observe, justement, aux États-Unis!».

, 6 mai 2006, p. G5

Montréal : siège des Nations 
Unies de l’aviation civile

Par Claude Lafleur

        Montréal abrite un joyau de la diplomatie internationale dont on ignore généralement la présence: l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Son président du conseil reçoit le Prix Rayonnement international du Palais des congrès.
        Situé dans le Quartier international, le siège de l'OACI est une petite ONU puisque, comme à New York, 189 pays y sont représentés par des délégués. De surcroît, la salle où siège le conseil de l'OACI ressemble à celle du prestigieux Conseil de sécurité des Nations unies. L'OACI constitue en outre l'un des leviers qui fait de Montréal une métropole internationale.
        «L'organisation a été créée à Chicago en décembre 1944, relate Assad Kotaite, président du conseil de l'OACI, alors que le monde était en guerre et avant même la naissance de l'ONU.»
        Montréal a été choisie pour accueillir l'organisation parce qu'elle constituait une ville paisible, sécuritaire et biculturelle. Alors métropole et capitale économique du Canada, c'était également une plaque tournante du trafic aérien à destination de l'Europe, des États-Unis et de l'Ouest canadien. «Montréal était donc toute désignée pour devenir la ville hôte de l'OACI», résume M. Kotaite.
        Il considère que, pour toute personne venant de l'étranger, Montréal est une ville très accueillante dans laquelle tout le monde se sent bien. «Je dirais même que c'est peut-être une ville unique du fait qu'elle est biculturelle à tous les niveaux», dit-il.
        Assad Kotaite s'est installé ici en 1956 à titre de représentant de son pays (le Liban) au conseil de l'OACI. Cinquante ans plus tard, il se souvient que la ville l'a grandement étonné. «Avant de venir ici, j'avais pas mal lu au sujet de Montréal et je pensais que la ville était beaucoup plus développée qu'elle ne l'était en réalité, dit-il. J'ai par contre été témoin du fulgurant développement économique, social, culturel et politique de la ville.» Lui qui a fait le tour du monde un nombre incalculable de fois affirme sans hésiter que «Montréal, telle qu'elle est actuellement, est convoitée dans le monde entier».

Au coeur de la diplomatie internationale
        L'OACI a pour fonction d'établir la réglementation et les normes internationales assurant la sécurité et la sûreté du transport aérien civil. «L'objectif principal de l'organisation est de développer une aviation civile internationale sûre, ordonnée, efficace et économique, précise son président. Nous nous préoccupons avant tout de l'intérêt du public qui voyage en cherchant à lui procurer un transport aérien qui soit à la fois sécuritaire et économique.»
        Notons que trois organismes régissent le transport aérien international: l'OACI, qui gère les préoccupations des États, l'Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente les compagnies aériennes, et le Conseil international des aéroports (ACI), qui chapeaute les aérogares. (Le siège social des deux premières se trouve à Montréal alors que la troisième réside à Genève.)
         Durant les 30 dernières années, M. Kotaite a assuré la présidence du conseil de l'OACI. «Mon travail en est un de diplomate; j'assure la diplomatie en aviation civile. À ce titre, j'ai eu à gérer quantité de crises et de conflits entre pays.»
        Parmi les crises majeures, non seulement est-il confronté aux menaces terroristes qui pèsent sur le transport aérien depuis 2001, mais également à la terrible vague de détournements d'avion qui a frappé le transport de passagers dans les années 1970-1980. On l'a un peu oublié aujourd'hui mais à l'époque, une kyrielle de commandos détournaient des appareils bondés de passagers afin de faire valoir leurs récriminations. Certaines de ces prises d'otages se sont terminées dans le sang...
Ciels de guerre
        Parallèlement, les Soviétiques ont été blâmés par le conseil, mais plus important encore, la constitution de l'OACI a été amendée afin d'y stipuler qu'aucun État ne peut s'arroger le droit d'utiliser des armes contre un avion civil. L'OACI a en outre développé des procédures sécuritaires pour l'interception d'avions civils advenant que l'un d'eux viole l'espace aérien d'un État.
        Depuis ses bureaux de Montréal, M. Kotaite a en outre géré des disputes touchant le contrôle et le transit des avions entre pays - disputes opposant notamment l'Inde et le Pakistan, la Chine et le Viêtnam, les deux Corée ainsi que les États-Unis et Cuba. Dans chaque cas, il lui a fallu des années - 25 ans dans le cas des Corée! - pour parvenir à des accords acceptables. «Vous savez, en diplomatie, vous ne devez jamais dire à l'une des parties qu'elle a tort... Et vous devez toujours être très, très patient!», lance-t-il en éclatant de rire.
        Ce qui préoccupe à présent les délégués de l'OACI, ce sont les enjeux liés à la protection de l'environnement. «Déjà, notre organisation a beaucoup fait en ce domaine, indique M. Kotaite. Nous avons réduit le bruit des aéronefs à l'intention des populations qui vivent à proximité des aéroports. Nous nous préoccupons aussi beaucoup de la qualité de l'air. Nous cherchons à réduire au maximum la pollution de l'air générée par les aéronefs.»
À l'avant-scène internationale
        Selon plusieurs maires de Montréal (dont Jean Drapeau, Jean Doré et Pierre Bourque), la présence de l'OACI contribue véritablement à l'essor international de la ville. C'est entre autres grâce à elle que l'IATA est venue s'installer ici.
        Plus concrètement, l'OACI injecte chaque année de 60 à 80 millions de dollars dans l'économie montréalaise, alors qu'elle emploie quelque 700 personnes. Bon an, mal an, plus d'un millier de personnes viennent de l'étranger pour participer à diverses réunions et conférences organisées par l'OACI.
        «Je suis franchement heureux que nous contribuions de la sorte à l'essor économique et international de Montréal», de lancer fièrement celui qui se considère à présent comme un citoyen à part entière de sa ville d'adoption.
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, 13 mai 2006, p. J6

S’attaquer aux maladies en 
passant par les portes cellulaires

Par Claude Lafleur

        Si vous souffrez de problèmes rénaux, d'hypertension ou de troubles cardiovasculaires, ce pourrait être parce que certaines «portes» de vos cellules remplissent mal leurs fonctions. Or, de plus en plus, on traite ce genre de maladies en intervenant au niveau microcellulaire.
        «Par exemple, relate le Dr Paul Isenring, à une personne qui souffre d'un problème de rétention de sel, on prescrit en général un diurétique qui a pour fonction de bloquer l'une des portes cellulaires permettant au rein de retenir le sel. Ce dernier est alors évacué par les urines.»
        Professeur à la faculté de médecine de l'université Laval, le Dr Isenring dirige une équipe du Centre de recherche de l'Hôtel-Dieu de Québec qui étudie ces fascinantes portes cellulaires. Il s'agit de mécanismes extrêmement perfectionnés, une sorte de moteur microscopique «plus complexe qu'un moteur d'automobile», dit-il.
        Le but de ces travaux est non seulement de comprendre le fonctionnement de ces «portes-moteurs», mais de mettre au point une foule de médicaments efficaces et sans effets secondaires.

Ne passe pas qui veut !
        Comme nous l'avons vu en biologie, chacune de nos cellules est revêtue d'une membrane imperméable à ce qui vient de l'extérieur - un peu comme notre peau qui protège notre corps. À la surface de cette membrane se trouvent des milliers de petites portes spécialisées qui ont pour fonction de laisser entrer (ou sortir) certaines molécules. Ces portes, que les spécialistes appellent des protéines, agissent un peu comme notre bouche, nos narines ou notre anus.
        «Il s'agit de petits trous "intelligents" - de véritables moteurs - qui sont capables de reconnaître une molécule spécifique», explique Paul Isenring. Par exemple, si une molécule de sodium se présente devant la bonne porte, elle sera absorbée pour être expédiée à l'intérieur de la cellule. Par contre, si une molécule différente se présente à la même porte, cette dernière ne s'ouvrira pas. «Pour nous chercheurs, ces portes représentent des cibles que nous pouvons utiliser pour traiter plusieurs types de maladies», souligne le médecin.
        Il s'agit en plus de fantastiques machines à l'échelle moléculaire. «Ces moteurs sont extrêmement complexes, dit-il. Nous savons qu'ils bougent sans cesse, qu'ils tournent d'un bord puis d'un autre plusieurs fois par seconde, que des bras se déploient et d'autres se replient, etc. C'est absolument fascinant!» Ces moteurs sont cependant si minuscules que leur fonctionnement demeure invisible, même pour les plus puissants de nos appareils d'observation. On arrive de justesse à voir ces portes-moteurs à l'état figé, mais jamais à filmer leur fonctionnement. «On peut donc voir comment le petit moteur est organisé dans l'espace, rapporte le Dr Isenring, mais nous aimerions bien le voir fonctionner...»
Une aventure palpitante
        Il y a tant de portes spécialisées à la surface d'une cellule que l'équipe de l'Hôtel-Dieu s'intéresse à une catégorie particulière, appelée transporteur d'ions.
        Imaginez une petite bouche qui se trouve à la surface de la cellule, commence par expliquer le Dr Isenring. Cette bouche voit arriver un ion - un atome ou une molécule ayant gagné ou perdu un ou plusieurs électrons - par exemple un sodium ou un chlore. Cette bouche est capable de reconnaître l'ion et de l'ingurgiter si celui-ci lui convient. Par contre, elle ne laissera pas passer d'autres types d'ions.
         L'étude des transporteurs d'ions est fort importante, insiste le chercheur, puisqu'ils jouent un rôle déterminant dans un grand nombre de pathologies. Par conséquent, ce sont des cibles de choix pour y diriger des médicaments. «Étant donné qu'il y a des milliers de cibles disponibles, il y a donc des milliers de médicaments que l'on pourrait concevoir pour interagir avec l'un ou l'autre de ces mécanismes spécialisés», confirme-t-il.
        L'un des projets d'étude menés par son équipe vise donc à comprendre le fonctionnement de certaines de ces cibles. Un autre projet cherche à développer des médicaments spécifiques à chacun des transporteurs d'ions pour les utiliser dans le traitement de maladies telles que l'hypertension artérielle.
Étude des cotransporteurs cathion-chlore
        Afin de limiter le nombre de cibles à étudier, l'équipe du Dr Isenring s'intéresse plus particulièrement à une famille de neuf protéines: les cotransporteurs cathion-chlore.
         «Ces protéines ont la particularité de reconnaître trois ions à la fois, dit-il. En fait, elles ne laissent passer le sodium, le potassium et le chlore que si ceux-ci se présentent en même temps. Autrement, la porte demeure fermée.»
        La famille des neuf cotransporteurs est impliquée dans une foule de maladies, dont les problèmes de tension artérielle. «Fait intéressant, note le médecin, lorsque certains de ces cotransporteurs fonctionnent trop, ils génèrent de l'hypertension. Mais s'ils ne fonctionnent pas suffisamment, ils produisent de l'hypotension. Il s'agit donc de cibles très intéressantes.»
        Le problème, actuellement, c'est qu'on dispose de médicaments qui interagissent avec plusieurs cotransporteurs à la fois, alors qu'il faudrait parfois n'en viser qu'un, deux ou trois. Ainsi, l'un des médicaments très utilisés pour combattre les problèmes de tension artérielle interagit avec sept des neuf cotransporteurs. Il provoque par conséquent des effets secondaires qui pourraient être enrayés si on disposait de médicaments plus spécifiques.
        L'équipe du Dr Isenring essaie donc de développer des molécules capables de cibler individuellement chacun des neuf cotransporteurs. «Nous essayons entre autres de trouver des façons de modifier les molécules que l'on connaît déjà afin qu'elles n'interagissent qu'avec une cible», dit-il.
        À cette fin, son équipe a récemment reçu une somme de 650 000 $ de la part du Programme des chaires de recherche du Canada et de la Fondation canadienne pour l'innovation afin de poursuivre ses travaux. «Essentiellement, la subvention servira à nous procurer des appareils ultra-puissants qui nous permettront d'obtenir les mesures nécessaires à nos travaux», précise Paul Isenring.
        Il entrevoit ainsi que de nouveaux médicaments pourraient voir le jour d'ici quelques années. «J'espère avoir la chance de participer aux essais de nouvelles molécules, dit-il. Pour un médecin chercheur et clinicien comme moi, ce serait alors une aventure palpitante!»

13 mai 2006, p. J1

L'aventure américaine du Dr Fournier

Par Claude Lafleur

        En 1998, le jeune orthopédiste Karl Fournier va suivre une formation d'une année au prestigieux hôpital Johns Hopkins de Baltimore. Son but est d'apprendre les pratiques les plus récentes en chirurgie de la colonne vertébrale.
        Au moment de quitter le Québec, il a cumulé plus de 100 000 $ en dettes d'étude. En principe, il doit revenir l'année suivante afin d'entreprendre sa pratique à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.
        «Johns Hopkins étant l'un des hôpitaux les plus réputés au monde, pratiquement chaque semaine je recevais des offres d'emploi alléchantes», rapporte le Dr Fournier. Ainsi, dès sa première année de pratique, on lui promet des revenus de 300 000 $ (US), en plus de défrayer toutes ses dépenses de déménagement. Il va sans dire qu'il s'agit là de conditions nettement supérieures à ce que pouvait espérer le jeune chirurgien en revenant au Québec. «J'ai donc pensé pratiquer une année ou deux aux États-Unis, le temps de me refaire une santé financière, puis revenir m'installer ici.»
        Karl Fournier se laisse ainsi tenter par l'aventure américaine. Il découvrira bientôt un univers insoupçonné: les dessous d'un système de soins privés qui en fait rêver plus d'un.

L'efficacité médicale à l'américaine
        En 1999, le Dr Fournier s'installe dans une clinique médicale de Mount Vernon, en Illinois. «Je suis alors entré dans le système américain, c'est-à-dire dans une "business" pour laquelle nous, Québécois, ne sommes vraiment pas préparés.»
        Ainsi, il découvre que, s'il gagne bel et bien les 300 000 $ promis, la clinique médicale pour laquelle il travaille en retient la moitié pour couvrir les frais de bureau.
        «Il faut savoir qu'opérer une clinique aux États-Unis coûte très, très cher en raison du personnel nécessaire, dit-il. On a d'abord besoin de personnes pour gérer les contrats des 65 compagnies d'assurance des patients avec qui on fait affaire. Il faut ensuite d'autres personnes pour gérer les préautorisations d'opérer, puis il en faut d'autres pour collecter nos remboursements, toujours auprès des compagnies d'assurance... N'oublions pas non plus tout le personnel de bureau, de réception, les frais de bâtisse, etc.! Ça coûte au bas mot 1000 $ à 1200 $ par jour pour gérer une clinique. Il faut donc que tu produises beaucoup, que tu opères beaucoup...»
        Au bout d'un an, n'arrivant pas à s'entendre avec son employeur sur le partage des frais de bureau, le Dr Fournier décide d'emménager dans une autre clinique. Il s'installe à Nashville, Tennessee, une charmante ville qui lui rappelle Québec.
        Le chirurgien observe alors ce que signifie réellement l'efficacité de la médecine à l'américaine. «Là-bas, l'accès aux soins est vraiment rapide, dit-il. En venant te consulter, tout patient s'attend à être opéré la semaine suivante! Pour un Québécois habitué à attendre des mois, c'est vraiment très impressionnant.»
        Toutefois, cette efficacité a ses revers. «Dans bon nombre de cas de maux de dos, le meilleur traitement consiste à prescrire une médication et du repos, et à laisser le temps faire son oeuvre. Le dos se guérit souvent mieux par lui-même, de dire le spécialiste. Mais pas question pour un Américain d'attendre, il faut l'opérer tout de suite! Et si tu ne l'opères pas, il s'en va tout simplement voir un autre chirurgien.»
         La pression pour opérer est si forte - autant sur les médecins que pour les patients - que le Dr Fournier constate fréquemment des chirurgies inutiles, hâtives ou même bâclées. «J'étais reconnu comme le chirurgien qui avait terminé ses études à Johns Hopkins et qui était par conséquent capable de traiter les catastrophes», dit-il.
        Il découvre ainsi que le chirurgien avec qui il travaille «tourne les coins ronds» et qu'il opère plus que nécessaire. «C'était véritablement un gros "money-maker", dit-il, et je n'aimais vraiment pas ses pratiques. Je n'étais d'ailleurs pas le seul à penser ainsi, ai-je découvert par la suite. J'ai donc quitté le plus vite possible sa clinique.»
La fin du rêve américain
        En 2001, Karl Fournier se joint à un groupe d'orthopédistes à titre d'associé plutôt qu'employé. Cette fois, les choses se passent mieux et il y pratique durant trois ans.
        Étant donné ses connaissances avancées, il se taille la réputation d'être le chirurgien de la dernière chance. «On me référait les patients pour qui les choses avaient mal tourné.»
        «Eh oui, je gagnais très bien ma vie, mais je ne faisais que de la révision et de la réparation de catastrophes. Surtout, je voyais que je ne m'en sortirais jamais. Je n'avais pas de plaisir, de sorte que, au printemps 2004, j'ai décidé de rentrer.»
        Et c'est ainsi que, depuis 2004, le Dr Fournier pratique à l'hôpital Charles-LeMoyne. «Bien sûr, je gagne beaucoup moins qu'auparavant - environ la moitié -, mais j'ai retrouvé ici le plaisir et la qualité de vie!
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, 15 juillet 2006, p. f3

Deoits des homosexuels : l'exemple québécois,
un phare pour la communauté gaie mondiale

Par Claude Lafleur

        Il est évident que les droits des personnes homosexuelles diffèrent énormément selon l'endroit où l'on se trouve dans le monde. Encore aujourd'hui, l'homosexualité est passible de mort dans bon nombre de pays alors que certaines sociétés, notamment en Europe et en Amérique du Nord, prônent l'égalité totale.
        À ce chapitre, le Canada en général, et le Québec en particulier, font figure de phares pour la communauté gaie, estiment aussi bien Michael Kirby, juge à la Cour suprême d'Australie, et Joke Swiebel, ancienne députée au Parlement européen, que le militant québécois Laurent McCautcheon, président de Gai Écoute et de la Fondation Émergence.
        «Le Canada est un véritable phare en matière de tolérance et d'acceptation, lance sans hésiter le juge Kirby. Il me semble que cela repose sur l'esprit d'ouverture qui existe au Québec ainsi que sur le fait qu'on considère que toute personne doit être acceptée pour ce qu'elle est et que tous doivent bénéficier des droits humains fondamentaux. Par conséquent, nombreux sont les Australiens qui admirent le Canada pour l'exemple qu'il donne au reste du monde.»
        «Vu d'Europe, enchaîne l'ex-députée Joke Swiebel, Montréal et le Québec donnent l'impression d'être des sociétés très libérales [au sens philosophique du terme]. Il ne fait aucun doute que le Canada figure parmi les pays les plus progressistes de la planète.»
        Selon Laurent McCautcheon, le Québec se situe, au chapitre des droits des homosexuels, dans les sociétés les plus avancées, aux côtés de la Hollande et de la Belgique. «Bien entendu, chaque pays diffère un peu des autres, dit-il, mais nul doute que nous figurons dans le peloton de tête.»

Être gai en Amérique du Nord
        Évidemment, la situation des personnes homosexuelles varie légèrement selon la province ou l'État où l'on se trouve, souligne M. McCautcheon. Par exemple, si le mariage entre personnes de même sexe est reconnu dans l'ensemble du Canada, il n'en va pas de même des droits de parentalité et d'adoption pour les couples homosexuels.
        La situation diffère davantage aux États-Unis, puisque les législations varient énormément d'un État à l'autre. «Les États-Unis, c'est un tout autre monde comparé au Canada, relate M. McCautcheon. Ainsi, si on a le droit de se marier au Massachusetts, il y a des États où l'homosexualité est à peine tolérée.»
        De surcroît, le président Bush vient de relancer sa croisade visant à inscrire dans la Constitution américaine le fait que le mariage s'applique exclusivement à l'union d'un homme et d'une femme. «Bien sûr, c'est une démarche purement politique, souligne le militant, mais cela reflète le fait que Bush estime pouvoir se faire du capital politique avec ce sujet. De fait, sa croisade témoigne de l'ambivalence américaine par rapport à l'homosexualité...»
Les inégalités à l'européenne
        Si on en juge par les propos de Joke (prononcer «yoké») Swiebel, le statut des homosexuels est encore plus complexe en Europe. «La situation des gais et lesbiennes chez nous varie beaucoup selon le pays où vous vous trouvez, indique-t-elle. Les États du Nord-Ouest sont traditionnellement à l'avant-garde en matière de droits des gais et lesbiennes. Par contre, plus on va vers le Sud et l'Est, moins les homosexuels bénéficient de protection.»
        Néanmoins, la situation évolue rapidement et recèle quelques belles surprises. Ainsi, si certains ex-pays de l'Est se montrent encore très réfractaires aux homosexuels - notamment les Pays baltes et la Pologne -, d'autres sont beaucoup plus ouverts. Il y a en outre le cas, étonnant, de l'Espagne. «Personne n'avait imaginé que ce pays, considéré comme arriéré, permettrait le mariage des personne de même sexe!», lance quasi amusée Mme Swiebel.
        «Certains pays reconnaissent les unions de même sexe, précise-t-elle, alors que, dans d'autres, il faut lutter pour obtenir simplement le droit d'être protégé contre la violence, contre les crimes haineux ou tout bonnement pour se sentir en sécurité dans les rues.»
        Par conséquent, chacun des 25 États de l'Union européenne compte des communautés homosexuelles très actives. Tantôt celles-ci militent afin d'obtenir des droits dans leurs pays, tantôt elles font front commun pour réclamer une protection ou le respect de leurs droits à l'échelle européenne.
L'étonnante «tolérance» australienne
        Le cas de l'Australie est particulièrement intéressant du fait que ce pays «de l'autre côté du globe» est une ancienne colonie britannique comme le Canada. Si la communauté homosexuelle australienne ne bénéficie pas d'autant de droits que la nôtre - notamment en matière de mariage -, la société australienne semble néanmoins accepter fort bien l'homosexualité.
        À preuve, le cas de Michael Kirby. Juge à la Haute Cour d'Australie, celui-ci est un militant gai qui vit avec son compagnon depuis près de 30 ans! «Jamais je n'hésite à prendre part à des cérémonies officielles, en présence de la reine ou du premier ministre, au côté de mon compagnon», glisse-t-il le plus naturellement du monde.
        Il observe en outre que les droits des homosexuels ont beaucoup progressé ces 20 dernières années. «En tout premier lieu, toutes les lois qui criminalisaient l'homosexualité ont été abolies.» Certains États australiens appliquent des lois contre la discrimination envers les gais et lesbiennes ou permettent les unions entre conjoints de même sexe. Par contre, de tels droits ne sont pas reconnus à l'échelle du pays.
        Le mariage gai vient même d'être strictement interdit par le Parlement fédéral. En effet, il y a deux ans, celui-ci a adopté une loi stipulant que le mariage est nécessairement une union entre un homme et une femme. Des tentatives ont même été faites pour créer un statut d'union civile, mais elles ont récemment échoué à la suite d'un vote serré (32 à 30) au Sénat australien.
        Toutefois, le juge Kirby estime que la question du mariage n'est pas une priorité pour la communauté gaie d'Australie. Il relate ainsi un sondage réalisé en 1998 dans lequel 85 % des gais et lesbiennes australiens indiquaient ne pas être intéressés à obtenir ce droit. «Cette question n'est pas une priorité parce que, me semble-t-il, la société australienne est beaucoup moins religieuse que la vôtre en Amérique du Nord», estime-t-il.
        En fait, selon lui, les enjeux qui préoccupent davantage les homosexuels australiens portent plutôt sur la lutte contre la discrimination en matière de droits légaux, de droits de propriété, de régimes gouvernementaux et de pensions, ainsi que sur l'obtention, de la part de l'État, de la reconnaissance des unions de fait.
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© Claude Lafleur, 2008
L'Envers de l'actualité Les Dossiers Espace Espace 101 La Librairie virtuelle Spacecrafts encyclopedia

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