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Qui suis-je ?

     Depuis vingt-cinq ans, je suis journaliste scientifique. Je me spécialise notamment dans l’exploration de l’espace. (1)  Je couvre aussi pour le quotidien Le Devoir divers sujets, dont la médecine, les enjeux de société, les sciences et la technologie, l’éducation, l’économie, etc. (2)  J’ai par ailleurs rédigé et contribué à quantité de livres et de sites web. (3)

     Mais, avant tout, je me considère comme un vulgarisateur, un communicateur qui cherche sans cesse à comprendre et à exposer en termes simples des notions qui ne le sont pas toujours.  J’explore de la sorte une foule de domaines, dont les finances publiques, la démographie, les enseignements de l’histoire, ce que l’avenir nous réserve, de même que des sujets aussi hétéroclites que la vie extraterrestre et le monde des croyances sous toutes ses formes. 

     Depuis mon adolescence – qui remonte aux années 1970 –, j’ai l’impression que bon nombre des nouvelles du jour s’assimilent à des actualités d’autrefois.  On dit souvent que l’histoire se répète, je constate plutôt qu’on répète l’histoire! 

     Il est par ailleurs tout aussi éclairant d’établir diverses comparaisons, notamment entre notre société et celles de nos voisins, comme de trouver le moyen de rendre compréhensible des nombres imposants.

     En procédant de la sorte, on découvre des perspectives qui éclairent le monde dans lequel nous vivons. Ne dit-on pas que quand on se compare, on se console?  Pour ma part, j’observe surtout qu’en se comparant, on comprend davantage ce que nous sommes. Voilà précisément le regard que je désire partager. 

Ma démarche

     Depuis une quarantaine d’années, je suis au quotidien l’actualité. Cela m’a permis de constater que la plupart des préoccupations du moment perdent leur gravité au fil du temps. 

     À titre d’exemple, j’ai en mémoire les inquiétudes déclenchées à la suite du choc pétrolier de 1973.  À l’époque, on prévoyait qu’on aurait épuisé toutes nos réserves de pétrole vers 1987.  C’était dans quinze ans seulement.  Qu'allions-nous faire alors?, se demandait-on avec angoisse. 

     Or, non seulement n’a-t-on jamais manqué de pétrole, mais on en aurait même consommé davantage ces vingt dernières années que depuis les débuts de l’humanité!. (4) Ce constat ne signifie pas qu’il est inutile de se préoccuper des conséquences de notre consommation effrénée, mais qu’il faut éviter de s’alarmer pour les mauvaises raisons.)

     De même, tout au long des années 1970-90, une pléthore de prédictions ont annoncé la fin du monde pour l’an 2000.  Bien que certaines étaient à leur face même farfelues (notamment celles de Nostradamus et des Jean-Charles de Fontbrune et autres Paco Rabane de ce monde), elles ont pourtant été prises au sérieux.  D’autres prédictions émanaient de véritables experts ou de groupes savants qui nous alertaient de l’imminence de catastrophes naturelles, écologiques, industrielles ou autres. 

     Or, toutes ces prédictions se sont révélées fausses. Toutes!  Pourtant, de nouvelles apparaissent ici et là… comme si la «fin du monde» (ou, à tout le moins, celle de notre société) se trouvait décalée de quelques décennies. N’apprend-on jamais de nos erreurs du passé?! 

     J’observe par ailleurs qu’une multitude de fausses impressions sont véhiculées couremment. Par exemple, la majorité d’entre-nous est convaincue de vivre dans une société de plus en plus dangereuse et de plus en plus criminalisée. 

     Or, comme le documente abondamment ce site, il n’en est rien.  Au contraire, les faits montrent que, depuis des décennies, nous bénéficions de baisses régulières et significatives de la criminalité tant au Québec, au Canada qu’aux Etats-Unis. (Dans les années 1970, il se commettait plus d'une centaine meurtres par année sur l’île de Montréal, alors qu’aujourd’hui, il y en a une cinquantaine… Et ce n’est qu’un exemple.) 

     De même, bon nombre d’entre nous avons l’impression que la meilleure façon de combattre la criminalité est d’augmenter la répression.  Or, comme l’illustre amplement l’exemple des Etats-Unis, c’est plutôt le contraire qu’il faut faire.

     Enfin, quantité de gens croient que nous vivons au Québec dans l’une des pires sociétés occidentales, une société sclérosée où il ne se fait pas grand chose de bon.  Curieusement aussi, nombreux sont ceux et celles qui ont l’impression de vivre à une époque misérable. 

     Or, dans les faits, lorsqu’on se compare aux autres sociétés ou à n’importe quelle époque de l’histoire de l'humanité, on constate aisément que nous sommes privilégiés de vivre ici en ces années 2000.

     S’agit-il là de visions «roses» de la réalité ou d’une approche «jovialiste»?  Non, bien au contraire.  Comme vous, je constate aisément que nous vivons dans un monde remplie de failles, de turpitudes et de cupidité, ainsi que d'histoires choquantes.  Cependant, en dressant mille comparaisons, je constate que la réalité est nettement moins choquante que ce qu’on nous rapporte.

     Ce que je vise avant tout, c'est de jeter le regard le plus juste possible sur la réalité dans laquelle nous vivons, sans complaisance mais sans non plus tomber dans le sensationnalisme ou le pessimisme qui ont tant court. Je cherche toujours à éclairer les faits - jamais à susciter de vives émotions -, en mettant en perspective l’information qu’on nous livre.

     Bien sûr, il y a d’autres façons de voir la réalité et vous n’êtes surtout pas tenu d’être en accord avec les exposés de ce site.  Considérez-les comme des avenues stimulantes qui peuvent être contestées, approfondies, nuancées... 

L’envers de l’actualité

     Pourquoi nos impressions apparaissent-elles si souvent contraire à la réalité des faits?

     C’est une question que je me pose depuis longtemps. Heureusement, je ne suis pas le seul.  En mars 2007, l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt abordait cette question à l’émission de Christiane Charrette, sur les ondes de Radio-Canada: 
 
     Notre époque est une époque pessimiste, disait-il. Je dirais même pire que ça: c’est une époque déprimiste, nihiliste et parfois cynique.  Et je crois que c’est un contresens historique. Aujourd’hui, les gens vous disent que la vie est horrible, que le monde est horrible, que c’est la crise, que ça ne va pas... 

     Or, jamais dans toute l’histoire de l’humanité, nos vies n’ont été aussi longues. Jamais nous avons été aussi bien soignés, aussi bien assistés. Jamais nos voyages n’ont été aussi sûrs. (Dans le passé, faire un voyage, c’était s’exposer aux brigands, à la dysenterie, à la peste, au choléra, etc.)  Jamais aussi l’État n’a été aussi «protecteur» par rapport aux individus… 

     Je ne suis pas en train de dire que tout va bien.  Tout au contraire.  Le monde est encore perclus d’injustices, d’inégalités et de scandales, etc. Mais, objectivement, c’est un contresens historique que de dire que nous vivons une époque historique épouvantable. 

     Or, c’est ce que dit tout le monde. Alors, cette sensation est sans doute vraie, puisque tout le monde le dit. Mais c’est un contresens historique. Et ça m’intéresse de réfléchir là-dessus. 

     C’est-à-dire: pourquoi nous vivons à une époque qui a tellement progressé par rapport à d’autres époques, mais que nous avons pourtant le sentiment d’être infiniment malheureux et de vivre à une époque terrible?

     Dire qu’Eric-Emmanuel Schmitt m’enlève les mots de la bouche, ce serait trop peu! 

     Pour ma part, il me semble qu’il y a plusieurs raisons pour expliquer pourquoi on a souvent une vision déformée et pessimiste de la réalité.  Entre autres, simplement en inversant les nouvelles qu’on nous livre, on obtient déjà un autre regard des faits.

     Par exemple, lorsqu’on apprend que la police vient de démanteler un réseau de pédophiles qui abusait d’enfants, on est choqué.  Et pour cause. On l’est d’autant plus qu’on nous présente la nouvelle comme étant quelque chose d'épouventable.  Pas de doute: l‘exploitation des enfants est inacceptable, intolérable même.  Par contre, le fait de stopper un réseau de pédophiles est, en soi, une très bonne nouvelle. 

     En réalité, c'est le contraire qui serait une mauvaise nouvelle: des pédophiles sévissent sans qu’on n'en parle, tout comme diverses mafias sont actuellement à l’oeuvre dans notre voisinage.  Ainsi donc, l’arrestation d’une bande de criminels est toujours une bonne nouvelle… malgré la manière dont on en nous parle.

     Même chose lorsqu’on nous rapporte des histoires véritablement horribles, comme l'enlèvement de jeunes femmes ou, pire encore, d’enfants.  Il n’y a qu’à penser à Jolaine Riendeau, à Julie Surprenant ou à Cédrika Provencher pour qu’un frisson nous traverse…, d’autant plus que ces disparitions demeurent irrésolues.

     Aucun doute qu’il s’agit d’histoires bouleversantes. Quoi de plus normal. 

     Cependant, il importe de réaliser que nous sommes en partie bouleversés parce qu’il s’agit d’événements relativement rares. Or, si nous vivions dans une société où ce genre de drames se produisent couramment (comme c’est le cas dans certains pays d’Amérique du Sud), là, ô ironie, nous serions moins choqués. Pourquoi?  Parce qu’on se serait habitué, tout comme on l’est à propos des accidents d’automobile.  Autrement dit, c’est en quelque sorte une chance que nous soyons bouleversés par ce genre de drames, car cela signifie qu'il s'agit de crimes plutôt rares. 

     À preuve.  Nous vivons dans une société où il se commet un ou deux meurtres par semaine (une cinquantaine à Montréal, une centaine à l’échelle du Québec). Or, une telle fréquence fait que les médias rapportent chaque cas.  Par contre, comme une douzaine de personnes se tuent chaque semaine dans des accidents d’auto, on en parle relativement peu…

     Que retirer de tout ceci?

     Qu’on a tout intérêt à toujours tout mettre en perspective, à toujours tout comparer afin de chercher à obtenir l’aperçu le plus juste possible de la réalité dans laquelle nous vivons. 

     Un fait, un chiffre ou une statistique ne signifie rien en tant que tel.  Par exemple, si on vous dit qu’au Québec, 9% des familles sont pauvres et que 40% des contribuables ne paient pas d’impôt, est-ce «scandaleux» ou non? 

     Or, si 9% des familles québécoises sont pauvres, en Ontario, c’est plutôt 12%… alors que 41% des contribuables ontariens ne paient pas d’impôt. (5)

     Bien sûr, cinquante ou cent meurtres par année, c’est trop, puisque cela représente autant de tragédies.  Mais il faut savoir qu’il y a une quinzaine d’années, on en dénombrait le double. C’est déjà une belle amélioration.

     Autre bel exemple: savez-vous qu’un peu partout en Occident, le nombre de personnes vivant avec le virus du sida a tendance à croître?  Terrible, n’est-ce pas?  Au contraire, puisque cette croissance est en bonne partie due au fait que ces personnes vivent plus longtemps qu’auparavant grâce aux thérapies qu’on a mis au point ces dernières années. 

     De même, on déplore souvent le vieillissement de la population, alors que cela signifie qu’on vit plus longtemps!  Les populations des pays en émergence sont nettement plus jeunes que celles de nos pays?  Bien sûr que oui, puisque là-bas, on meurt beaucoup plus jeune qu’ici.  Etc.

     Voilà quelques exemples qui montrent à quel point il faut souvent «inverser» la nouvelle qu’on nous livre pour obtenir une vision plus juste de la réalité.  C’est ce genre de comparaisons que je cherche à établir dans ma démarche de vulgarisateur comme un peu partout sur ce site.

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     En terminant, il se peut que certains de mes exposés soient un peu ardus, malgré le fait que je tente toujours de rédiger des présentations les plus limpides possibles. Dans ce cas, n’hésitez jamais à me faire part de vos suggestions et commentaires qui me permettraient de les améliorer.

     Soulignons enfin qu’une bonne façon d’explorer ce site est de parcourir mon Carnet. Consultez aussi la Table des matières ainsi que la section Quoi de neuf pour voir les plus récents ajouts. 

     En vous souhaitant bonne lecture et beaucoup de plaisir.

Claude Lafleur
Journaliste scientifique
Montréal, le 20 décembre 2007

Notes
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(1) Pour un aperçu de mes travaux sur le domaine spatial, parcourez ma synthèse des Cinquante ans après Spoutnik, mes sites web Espace 101, Dossiers Espace et Spacecraft Encyclopedia, ma Librairie virtuelle et ma page web Pleins feux sur…
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(2) Pour un aperçu des articles que j'écris pour Le devoir, voir Quelques-uns de mes articles publiés en 2007, en 2006 et en 2005
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(3) Voir la présentation de mes divers ouvrages et autres publications.
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(4) Selon Antoine Ayoub, professeur émérite d'économie sur les questions d'énergie à l'Université Laval, il y a dix ans, on estimait posséder pour encore 38 ans de réserves pétrolières (compte tenu de la consommation de l’époque), alors qu’en 2008, ces réserves sont estimées à 41 ans (en fonction de la consommation actuelle). 
(Source: Maisonneuve en direct, Première chaîne de Radio-Canada, 25 avril 2008.)
(5) Voir l’article d’Hélène Baril, «Près de la moitié des Québécois ne versent rien au fisc», publié dans La Presse du 5 juin 2007. La journaliste rapporte qu’il y a davantage de contribuables qui ne paient pas d’impôt en Alberta (42,6%) et en Ontario (41,3%) qu’au Québec (40,1%).
 

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© Claude Lafleur, 2008
L'Envers de l'actualité Les Dossiers Espace Espace 101 La Librairie virtuelle Spacecrafts encyclopedia

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